Au Japon, la politesse occupe une place centrale dans la langue. Selon le contexte, il faudra adopter un vocabulaire japonais spécifique, des formes verbales ou encore des structures de phrases spéciales. Dans cet article, nous vous expliquons quand et comment utiliser les formes polies et comment exprimer la politesse en japonais.

la politesse en japonais

Introduction à la politesse en japonais

Pour exprimer la politesse en français, nous avons l’opposition entre le tutoiement et le vouvoiement, et différents registres de langue. Par exemple, vous ne direz pas « Salut, ça roule ? » à votre patron ni « Je vous souhaite une agréable journée » à vos amis. En japonais, le principe est un peu le même : il faut adapter sa manière de parler à son interlocuteur.

La politesse au Japon exige en effet que l’on s’adresse différemment à un supérieur hiérarchique. Ce langage un peu à part et spécifique aux situations formelles est nommée « keigo« . La différence fondamentale avec la politesse en français, c’est que les changements sont beaucoup plus importants. A tel point qu’il est possible de n’apprendre que le japonais poli comme s’il s’agissait d’une langue à part entière. C’est ce que propose par exemple la célèbre méthode « Minna no nihongo« , très utilisée au niveau universitaire. Elle ne mentionne le japonais informel qu’à sa vingtième leçon. Avant cela, le livre n’enseigne que le keigo, c’est-à-dire le japonais poli. Ainsi, il n’est pas rare de trouver des témoignages d’étudiants déboussolés en arrivant au Japon : ils n’ont appris que la moitié polie de la langue japonaise.

La politesse en japonais s’applique donc dans des domaines cloisonnés, principalement au travail ou avec des inconnus. Selon la situation, il y a des degrés en keigo, mais nous nous concentrerons ici sur l’opposition poli / neutre de manière générale. Une fois dans le cadre personnel, avec les amis ou la famille, tout le monde utilise le japonais familier. Voyons maintenant plus en détail comment cette politesse japonaise s’exprime concrètement dans la langue.

La politesse dans les formes verbales japonaises

En japonais, les verbes ne se conjuguent pas selon le pronom personnel (ils sont invariables de ce côté-là). Prenons un exemple : le verbe 見る (miru) qui signifie voir / regarder. Que vous souhaitiez dire « je vois », « tu vois » ou encore « il voit » : ce sera invariablement 見る (miru). Par contre, pour un même temps de conjugaison, il existera toujours deux formes : une forme neutre et une forme polie. Elles se traduisent généralement de la même manière en français, mais en japonais, elles marquent le degré de politesse.

Ainsi, 見る (miru) est la forme neutre ou familière du verbe. Elle deviendra 見ます (mimasu) à la forme polie. Si vous vous intéressez à l’écriture japonaise, vous pouvez constater que les hiragana qui forment la terminaison du verbe changent mais pas le kanji qui est utilisé pour le radical : 見る – 見ます

Pour savoir s’il faut utiliser le keigo, vous devez bien comprendre que c’est le contexte qui détermine la politesse du verbe, peu importe le pronom personnel.

 Contexte neutre (famille, amis, proches)Contexte formel (travail, inconnus)
Je vois 見る (miru)見ます (mimasu)
Tu vois見る (miru)見ます (mimasu)
Elle / il voit 見る (miru)見ます (mimasu)
Nous voyons 見る (miru)見ます (mimasu)
Vous voyez 見る (miru)見ます (mimasu)
Elles / Ils voient 見る (miru)見ます (mimasu)

Aussi, il faut savoir que les pronoms personnels sont très souvent omis en japonais, et eux-aussi varient en fonction de la politesse… Mais on y reviendra plus bas.

Il en va ainsi de même pour tous les temps de conjugaison : il y aura toujours une forme polie et une forme neutre. Par exemple à la forme impérative neutre, 見る(miru) devient 見て(mite) et à la forme impérative polie, 見てください(mitekudasai)

Dans certains cas, les deux formes peuvent devenir très éloignées l’une de l’autre. À cause de ça, la politesse en japonais a la réputation d’être difficile à apprendre. Dans les faits, les formes polies ne sont pas spécialement plus complexes. Elles sont juste différentes !

Choisir le bon pronom personnel pour être poli en japonais

On le disait plus haut, de manière générale, les pronoms personnels sont peu utilisés en japonais. Ils servent plutôt à insister sur la personne comme les pronoms toniques en français : moi, je… Mais si vous en venez à les utiliser, mieux vaut connaître les règles de politesse du Japon.

Par exemple : わたし (watashi) est le pronom le plus communément utilisé par les manuels scolaires pour traduire « je ». Dans un registre poli, tout le monde peut l’utiliser. Mais avec des amis, c’est un pronom exclusivement utilisé par les femmes. Un homme qui dit « watashi » avec ses amis sera regardé bizarrement.

Il en va de même avec les autres pronoms personnels qui sont tous très spécifiques et connotés. On vous invite à lire cet article sur les pronoms personnels japonais sur le site Carnet de japonais pour en savoir plus.

La politesse en japonais dans le vocabulaire

Sur le même principe que pour les formes verbales, le vocabulaire japonais varie également en fonction du degré de politesse. Certains mots appartiennent clairement au registre keigo. C’est par exemple le cas avec les salutations. Le célèbre « konnichiwa » (qui signifie « bonjour ») est en fait réservé à un registre poli, on ne le dit pas à ses amis.

D’autres mots s’adaptent aux situations polies avec une terminaison. Pour saluer le matin, les Japonais utilisent おはよう(ohayou) dans un registre familier et l’expression おはようございます(ohayou gozaimasu) dans un registre poli.

D’ailleurs, ce qui est drôle c’est que le même phénomène se produit pour le mot « merci ». ありがとう (arigatou) devient ありがとうございます(arigatou gozaimasu) à la forme polie.

Malheureusement, il n’y a pas de règles pour passer facilement d’un mot poli à un mot neutre ou vice-versa. Certaines terminaisons comme « gozaimasu » se retrouvent dans plusieurs expressions du keigo. Mais dans d’autres cas, les équivalents polis et neutres d’un même mot n’ont tout simplement rien à voir l’un avec l’autre. C’est le cas pour parler des membres de la famille, par exemple. Si je parle de ma propre famille à la forme polie, j’utiliserais les mots 母 (haha) pour dire « mère » et 父 (chichi) pour dire « père ». Dans un contexte neutre, j’utiliserais les mots お母さん(okaasan) et お父さん(otousan). Il en va de même pour tous les membres de la famille, chacun à une appellation neutre et une autre polie.

politesse dans vocabulaire japonais

Les suffixes de politesse en japonais

Un dernier point qui conditionne les prises de paroles en japonais est celui des suffixes. Tout comme nous disons « monsieur » ou « madame » dans un cadre formel, les Japonais eux utilisent de nombreux suffixes après le nom d’une personne pour marquer le degré de politesse.

Le plus haut suffixe de politesse en japonais est « sama« . On dira ainsi « Yamada-sama » si M. Yamada est quelqu’un d’hyper important et haut placé. Bien sûr, il faudra s’adresser à lui en keigo. C’est le même suffixe que les Japonais utilisent pour s’adresser aux dieux : kami-sama. Plus étonnant pour les Occidentaux, mais très révélateur de la politesse au Japon : c’est aussi le suffixe utilisé pour s’adresser aux clients de magasins, okyaku-sama.

Vient ensuite le suffixe –san. Il est utilisé pour parler avec quelqu’un d’un rang légèrement supérieur ou égal. Les collègues de travail mais aussi les camarades de classe qui ne sont pas particulièrement proches s’appellent comme ça. Il existe ensuite des suffixes plus familiers… Mais pour les proches, l’utilisation d’un suffixe de politesse n’est pas nécessaire. Cependant, si vous oubliez un suffixe honorifique alors qu’il serait de mise, l’effet produit peut être insultant !

Pour terminer

Vous l’aurez compris, la politesse en japonais est un vaste sujet, complexe et très connoté culturellement. Il n’est pas toujours évident de s’y retrouver et de savoir comment s’exprimer. Heureusement, la notion de politesse au Japon impose également de ne pas mettre son interlocuteur mal à l’aise… Du coup, même si vous faites une légère erreur, les Japonais éviteront de vous le faire ressentir ! Ne soyez donc pas trop inquiet si vous devez vous exprimer et profitez-en pour apprendre.

A propos de l’auteur

Manon Perfetta est rédactrice web spécialisée notamment dans tout ce qui touche au Japon. Elle a enseigné le français comme langue étrangère à des étudiants du monde entier et s’est passionnée pour les langues. Elle apprend le japonais en autodidacte depuis plusieurs années.